Un projet pour explorer comment les communs transforment l’action publique en Europe
Communs et comptabilité : Conversation avec Michel Bauwens

Pourquoi s’intéresser à la comptabilité ? Parceque c’est le logiciel de fonctionnement de toute organisation, qui permet de rendre en compte de l’activité de celle-ci, de prendre des décisions, mais aussi d’être comptable de ses actes dans un monde donné. Il ne s’agit pas simplement d’un enregistrement neutre des activités de la structure, mais elle reflète une vision du monde. En lien avec la remise en cause d’indicateurs tels que le PIB, on peut ainsi se demander comment l’on détermine ce que l’on enregistre comptablement de ce que l’on n’enregistre pas. Que considère-t-on comme étant source de valeur ? Comment prendre des décisions avisées si les enjeux sociaux et environnementaux sont absents de la comptabilité ? Tout un champ de recherche se développe autour de ces réflexions, pour repenser la comptabilité et prendre en compte les externalités (positives ou négatives) sur l’humain et sur la nature. 

Peut-on ainsi imaginer des formes de comptabilité qui considèrent ces enjeux et intègrent des information extra-financières ? Qui considèrent les capitaux naturels et humains non pas comme des actifs productifs, mais comme des ressources à préserver ? Qui prennent en compte le coût de la préservation ou de la restauration de ces ressources et nous donne une information sur notre solvabilité sociale, humaine et environnementale ?

Comment les administrations publiques peuvent-elles prendre en compte ces réflexions ? Du point de vue des comptables publics, s’agit-il de changer la comptabilité générale, de changer les outils de comptabilité analytique et d’aide à la décision, … ? Quels sont les leviers, les technologies, les outils qui peuvent être mis au service de telles approches?

Michel Bauwens et Alex Pazaitis, sous l’égide de la Peer to peer Foundation, ont récemment produit un rapport intitulé« La comptabilité P2P pour la survie planétaire – Vers une infrastructure P2P pour une société circulaire socialement juste ». Inspiré de Kate Raworth et de son livre Doughnut Economics, ce rapport défend la nécessité d’un changement fondamental vers un système économique centré sur les communs, pour non seulement conserver mais aussi régénérer les ressources humaines et naturelles. Celui-ci pourrait reposer sur la ’technosphère’, c’est à dire l’accumulation de connaissances techniques et scientifiques, associé à une nouvelle base de conscience écologique profonde au sein des sociétés, en partenariat avec les autres êtres de la planète.

« En utilisant les principes de la production cosmo-locale, c’est-à-dire partager les connaissances à l’échelle mondiale mais produire aussi localement que possible pour réduire notre empreinte humaine, nous pouvons maintenant utiliser une logistique partagée et des systèmes de comptabilité partagée. Ce rapport présente des approches tels que la comptabilité contributive, qui reconnaît les contributions génératives au bien-être de la terre et de ses habitants ; la comptabilité des flux de valeurs, présentée comme une alternative à la comptabilité en partie double narcissique, sur laquelle le capitalisme s’appuie pour rester aveugle à son impact social et écologique ; et la comptabilité thermodynamique, qui fournit un accès direct aux flux non financiers de matière et d’énergie. Les outils existent, c’est la bonne nouvelle, mais ils ne sont pas encore intégrés. Il offre une vision de la façon dont ils peuvent être intégrés dans une infrastructure de production cosmo-locale. (P2P foundation blog)»

Un billet de blog suivra, mais vous pouvez en attendant retrouver ci-dessous la vidéo de cette conversation !

 

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Pour aller plus loin :

Pour télécharger le rapport, c’est ici

Pour aller plus loin sur ces sujets de comptabilité, visionnez l’intervention de Alexandre Rambaud « Pour une comptabilité écologique: le modèle CARE (Comprehensive Accounting in Respect of Ecology) »dans le cadre des entretiens du nouveau monde industriel 2019

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